Que reste-t-il de l’esprit de la rénovation urbaine ?

     Le projet qui s’amorce dans le quartier du Hamois est une perversion de l’état d’esprit sur lequel a été fondé  l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) rappelé à l’occasion de son anniversaire par J.L Borloo : à Vitry nous transformons un quartier non pas pour ses habitants mais pour construire une gendarmerie ou comment en finir avec les difficultés du Hamois.

     Eh oui ! Demain, ce lieu de vie sera le quartier de la gendarmerie.

Demain le quartier sera scindé en 2 : la partie nord avec la gendarmerie et le centre socioculturel, la partie sud avec les habitants et l’école, avec en interface un centre commercial. Du point de vue de l’espace, ces infrastructures combinées aux déconstructions représenteront 50% de l’actuel quartier. La coupure ne sera pas que géographique, nous sommes bien loin de notre volonté d’une ville unie et réunie !

     Bien évidemment nous sommes en faveur d’un projet qui permette aux gendarmes d’exercer leurs missions dans de meilleures conditions. Il faut que le logement des gendarmes et de leur famille, leurs locaux dans lesquels ils travaillent et l’organisation qui en découle soient des éléments importants. Nous ne sommes pas opposés à la construction d’une gendarmerie fonctionnelle et si les gendarmes n’appartenaient pas à la grande muette ils nous auraient fait part de ce qu’ils pensent de ce choix !

Il y a une bizarrerie qui en dit long sur les fondements du projet : confier la construction d’une gendarmerie à un bailleur social ! Est-ce pour mettre en avant le rôle social de la gendarmerie ? Est-ce pour faire des gendarmes des travailleurs sociaux ? C’est une vision simpliste : les gendarmes et le chômage, les gendarmes et l’éducation, …même s’ils sont confrontés dans le cadre de leurs missions à des situations sociales dégradées, les gendarmes sont avant tout là pour protéger les populations. Les gendarmes ne sont pas là pour réparer les carences de la société !

À ce jour les chiffres du dossier gendarmerie sont pour le moins flous : Quelle superficie ? Quelles limites ? Le coût avancé de 15 000 000 € d’investissements portés par le bailleur social fait réagir : Quel sera le montant du loyer pour les militaires ? Sera-t-il compatible avec les barèmes fixés par l’autorité militaire et la rigueur budgétaire ? sinon la différence sera-t-elle prise en charge par le bailleur social, avec un risque de répercution du différentiel sur le loyer des autres bénéficiaires des logements à caractère social ? Sommes-nous dans un système de compensations à l’échelle de la ville ? Dans un souci de transparence et d'équité entre les citoyens, il serait bon d'éclaicir ce projet.

 

Que reste-t-il de l’esprit de la rénovation urbaine ?

Autre incohérence, la reconstruction d’un centre commercial, pour qui ? Les familles des gendarmes ? Les quelques 500 familles supposées demeurer demain dans le quartier redessiné ?

La zone de chalandise ne permet plus à une quelconque structure commerciale de quartier de pratiquer des prix compatibles avec le revenu des habitants du quartier. Mise à part les commerces de proximité (point presse, fleuriste, point chaud,…), pour que qu’une surface commerciale soit viable cela ne peut se faire que si des personnes extérieures au quartier viennent y faire leurs emplettes.

Pour mener à bien la reconfiguration du Hamois, c’est plus de la moitié des logements sociaux qui vont être détruits. Certes il y a une vacance grandissante dans le quartier et pour cause. Oui il faut abattre des tours pour donner un autre visage au quartier, pour l’aider à s’intégrer au reste de la ville. Les démolitions annoncées ont déjà conduit au déménagement de familles. En déplaçant les personnes, on déplace les problèmes mais on ne les résout pas. Ce n’est qu’une opération de camouflage, J-P. Bouquet avance en dissimulant ses véritables intentions, ses véritables objectifs : les statistiques sur la délinquance sous toutes ses formes et en tirer un profit politique.

Inévitablement, les indicateurs devraient évolués favorablement sur le quartier. Mais qu’adviendra-t-il des personnes en souffrance ? Leurs difficultés, leurs problèmes seront toujours là quel que soit leur futur environnement, dans ce quartier ou ailleurs, accompagnés en prime d’un risque de déstabilisation avec la perte de repères.

     Avec 100 000 000 €, J-P. Bouquet propose de démolir un tiers du quartier, construire une gendarmerie, refaire un centre commercial avec en prime l’exode des habitants et de leurs problèmes. Avec ce choix, il met en place sur le quartier, et à plus grande échelle sur la ville, une politique de peuplement insidieuse car sans débat, sans contrôle, à l’insu même de sa propre majorité, majorité larguée ou bêtement inféodée à son chef !

     Chaque politique doit et mérite d’être débattue. Il faut avoir le courage de ses objectifs, de dire en quoi ses choix sont bons pour la population. Il faut avoir le courage de défendre ses opinions en disant la vérité sur la situation et sur ce qui est recherché au final !

Nous sommes opposées aux conditions dans lesquelles ce projet est mené. Ce n’est pas l’installation d’une gendarmerie dans le quartier du Hamois qui va pacifier le quartier. Ce n’est pas la reconstruction d’une zone commerciale qui va permettent de mieux vivre dans le quartier. Ce projet divise au lieu d’unir.

Il faut réfléchir à un autre moyen de traiter les dysfonctionnements sociaux qui se confondent avec les difficultés de vivre dans ce quartier. Avancer sur la transformation du Hamois c’est affronter les réalités, mêmes les plus douloureuses.

 

M.BIARD, J.HARLE

Retour à l'accueil